Étiolement par Myriam Dion

L’Œil de Poisson présente Étiolements, la première exposition individuelle de Myriam Dion à Québec. Cette exposition réunit une installation et une série d’œuvres en papiers ajourés, toutes élaborées à partir d’une sélection d’images journalistiques documentant la crise des migrants et la guerre civile en Syrie. Dans le contexte de cette exposition, le terme « étioler » renvoie à la provocation de l’affaiblissement, à la perte et aux risques de dégénérescence d’un peuple et de sa culture. À travers un ouvrage minutieux qui allie savoir-faire, culture populaire et finesse de l’art islamique, l’artiste pose un regard inquisiteur sur l’obscénité des images médiatiques et sur notre manière de les consommer. Il émane un calme trompeur des œuvres de Myriam Dion ; elles opèrent un jeu de magnification qui caresse des titres sensationnalistes et des images criardes issues du conflit syrien. Elles agissent ainsi comme une stratégie de contraste qui piège le spectateur entre l’attraction visuelle et la violence du sujet. Dans la solitude de l’atelier et la lenteur du geste, l’artiste propose une distanciation face à l’urgence médiatique et esquive un retour vers la modestie et la fragilité du papier, la délicatesse et la sensibilité de l’être devant les enjeux actuels qui nous dépassent. 

La recherche de Myriam Dion est fondée sur l’adoption d’une posture artistique en marge de la société de vitesse à travers laquelle elle s’engage à revaloriser les savoir-faire traditionnels et à aménager un espace délicat qui encourage la lenteur et la contemplation. Par un travail de réutilisation, de réinvestissement, elle transforme un outil de communication social et politique (le journal) en une « œuvre d’art », dans une volonté de trouver une nouvelle utilité à ce média papier en voie de disparition.

Exposition OPTICA 2011 par Nelly-Ève Rajotte

Lien de la vidéo de l’installation : https://vimeo.com/channels/installations/27536164

Nelly-Ève Rajotte pursues her sensory work in sound and video installations. Deconstructed natural and city landscapes unfold on an « electro-organic » musical backdrop. The soundtracks, shimmering reflections mirroring the structure of the moving images, leave their own visual traces. « ei », a new work inspired by the paintings of Edward Ruscha, is her purest expression to date, as she continues her investigations of the concepts of the double, of abandonment, and of disappearance in an immersive environment that sounds out the mythical spaces of the American desert.

I’ve Only Known My Own : Performance par Nadège Grebmeier Forget

La série en cours de Nadège Grebmeier Forget intitulée One on one’s for so-called fans comprend des performances exécutées en privé qui sont ensuite traduites en comptes rendus verbaux et en nouveaux récits; dans cette série, l’artiste poursuit ses investigations sur le rôle de la documentation et de la technologie dans la médiation de l’accès à son corps performant. Walls of Wind: The Mirroring and Rendering, la dernière de cette série, reprend l’idée du reflet – réagissant d’abord aux caractéristiques architecturales de la galerie à Houston (et à la performance qui s’y est déroulée), puis de nouveau à leur absence à Montréal. Bien qu’elle limite, au départ, le public présent à sa performance en établissant des paramètres quant au moment et à la manière dont elle est vue, Grebmeier Forget renonce ensuite au contrôle, se fiant aux témoins qu’elle a choisis pour transmettre (parfois inexactement, mais toujours en mode personnel) le récit de ce qu’ils ont vécu. La décadence et la générosité de ses performances se démarquent de ses interventions architecturales plus austères qui utilisent des formes renvoyant à l’espace de la galerie et aux stratégies de présentation. Ces espaces, bien que vides, sont néanmoins investis de la présence des actions qu’ils ont autrefois accueillies. 

Circule/Jubile par Joseph Kieffer

Suite à une résidence de création et production stimulante de trois mois, Joseph Kieffer nous présente Circule / Jubile. Frappé par la place prépondérante de l’automobile dans la Ville de Québec, l’artiste a élaboré une œuvre autour d’un sujet chaud : le trafic autoroutier. Sculptures ingénieuses, dessins spontanés et photos s’amalgament pour former une installation jouant de façon ludique avec les symboles et les signes de la route. Générant des images à la fois fortes et poétiques, ces œuvres questionnent la place de l’humain dans la cité.

À l’occasion de son projet, l’artiste a réalisé diverses actions furtives dans la ville conjointement avec sa partenaire Marie-Pan. Ensemble, ils ont développé une pratique collaborative où sculpture et danse se rencontrent pour favoriser un croisement entre les arts visuels et l’art vivant. Plusieurs performances seront réalisées lors du vernissage.

« Dans mes projets, je cherche à aller vers les gens, en rapprochant la sculpture des arts populaires. Je veux parler aux gens, et en les secouant un peu, leur dire que je les trouve beaux et drôles. »

Joseph Kieffer a grandi dans l’Est de la France, dans une famille d’artistes et un environnement propice : des forêts pleines de ruines à explorer, des animaux fabuleux à portée de main, des outils qui traînent. De son château d’enfance, il a notamment gardé un goût pour la construction, les objets sacrés, et tout ce qui vieillit bien. Après son baccalauréat, il a intégré l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg, qui lui en a fait voir de toutes les couleurs. Depuis, il a exposé à de nombreuses occasions son travail en France et au Québec. Puis, en 2008, avec quelques collègues, il fonde l’atelier d’artistes La Semencerie, un grand terrain de jeu dans une friche industrielle qu’il occupe encore aujourd’hui.

La mémoire et l’oubli par Adriana Garcia-Cruz

 La mémoire et l’oubli est une compilation photographique d’objets gardés précieusement par des immigrants québécois d’origines diverses. À travers le voyage, l’objet devient porteur d’une histoire singulière, mais aussi collective. L’histoire des différents pays vient ainsi s’entremêler à celle du Canada, laissant la marque des migrations humaines.

La Mémoire et l’Oubli, projet ayant reçu la Bourse Vivacité du Conseil des arts et des lettres du Québec en 2017 (en partenariat avec le Conseil des arts de Montréal), constitue une compilation de 30 photographies d’objets individuels précieusement conservés par des immigrants de diverses origines.

Véritables témoins d’un passé déjà perdu, ces objets représentent le lien avec les racines autant qu’ils deviennent des éléments symboliques de transition vers un nouveau projet de vie dans le pays d’accueil. À travers le voyage, l’objet devient porteur d’une histoire singulière mais aussi collective qui vient s’ancrer dans un nouveau territoire. L’histoire des différents pays vient ainsi s’entremêler à celle du Canada, laissant la marque des migrations humaines. Les photographies ont été réalisées en lumière naturelle, avec une profondeur de champ réduite dans l’objectif de mettre l’accent sur le caractère flou et fragmenté de la mémoire.

Promenade par Charles-Etienne Brochu

Avec ce projet, l’artiste s’intéresse à la thématique du travail, cette activité paradoxalement célébrée par la société et décriée quand elle suscite le fanatisme et encourage les inégalités. Le dispositif principal de l’œuvre repose sur un programme de génération procédurale. En se servant de ce type d’algorithme, l’oeuvre propose au spectateur une traversée infinie de salles rappelant des bureaux. En avançant vers l’avant, le spectateur pourra découvrir de nouvelles salles, dont les configurations seront toujours différentes des précédentes et des suivantes. Ces salles de travail sont placées à l’intérieur d’un espace virtuel qui rappelle le passage du jour, de façon à souligner esthétiquement le passage du temps. Empruntant volontairement le style d’un jeu vidéo, l’artiste incite les spectateurs à voir cette promenade comme une aventure fictive tout en soulignant que les nouveaux agencements de pièces ne seront jamais plus que le fruit d’un hasard calculé.

Present par Jo Longhurst

Les oeuvres de l’artiste britannique Jo Longhurst offrent de nouvelles perspectives sur la quête de perfection. Fruit d’une étroite collaboration avec les sujets choisis, le travail de Longhurst met en exergue la passion et la dévotion, tout comme les difficultés rencontrés et les défis à relever par ceux qui s’engagent dans une recherche de perfection. Dans le contexte des Jeux d’été du Canada, présentés cette année par la Ville de Sherbrooke, Sporobole a cherché à dresser un parallèle entre deux champs d’activité ancrés aussi profondément l’un que l’autre dans la culture : ceux de l’art et du sport.


Present


L’installation vidéographique Present, qui fait l’objet d’une exposition à Sporobole, est la plus récente incarnation du projet Other Spaces de Jo Longhurst. Cette vaste entreprise explore à la fois l’expérience d’entraînement et de compétition à laquelle se livrent les gymnastes de haut niveau, ainsi que leur état physique et psychique. Les athlètes d’élite le savent bien : l’esthétique de leur performance se calcule en degré d’engagement, d’habiletés techniques et d’excellence. À la fois influencé par l’histoire et par l’immersion de l’artiste au sein de la sphère des gymnastes d’élite, Other Spaces réunit des photographies d’athlètes en pleine action; des images trouvées issues de provenance variée et regroupées en installations; des sculptures hybrides inspirées des solides parfaits de Platon ainsi que des propositions constructivistes de Popova et de Rodchenko; et finalement, des composantes performative et vidéographique, dont l’installation vidéo. Réalisée en collaboration avec le Musée des beaux-arts de l’Ontario dans le cadre d’une résidence de l’artiste, cette installation dépouillée montre simultanément et se tenant côte à côte cinq adolescentes prêtes à s’élancer sur la piste. L’œuvre cherche à transmettre l’intensité du moment qui précède la performance, lorsque les gymnastes, au faîte de leur concentration, saluent les membres du jury qui doivent les évaluer. Le dispositif met en relief la tension psychique qui habite les jeunes filles et, par la bande, le poids des regards qui se posent sur elles, révélant du même coup certains glissements entre introspection et représentation publique. Les boucles et les balbutiements de l’œuvre témoignent de l’anticipation des athlètes tout comme de l’entraînement ardu propre au régime à lequel ils appartiennent.

Optique-Haptique par Andrée – Anne Roussel

Lien de la vidéo de l’installation : https://vimeo.com/andreeanner/ophapdocu

Optique-Haptique est une vidéo triptyque mettant en scène trois femmes presque statiques dont l’image se détériore tranquillement et simultanément. Une expérimentation filmique du passage de l’optique à l’haptique; transition du figuratif à l’abstrait.